Lafayette’s : un dîner somptueux à la table de Mory Sacko

Gilbert du Motier de La Fayette, plus connu sous son titre de marquis ou sous son grade de général, est l’une des figures les plus connues du 18ème siècle. Le « héros des deux mondes », célèbre pour son engagement en faveur des révolutionnaires américains, a eu une longue et riche vie qu’il a terminée couvert d’honneur à quelques pas de l’actuel Palais de l’Elysée, dans un superbe hôtel particulier qui abrite aujourd’hui un nouveau restaurant à Paris naturellement baptisé… Lafayette’s. Moma Group s’est associé à Mory Sacko, le jeune chef « dans le vent » connu grâce à l’émission Top Chef, pour cette nouvelle table qui promet une virée dans l’Histoire.

 

Premier constat : la décoration du restaurant est somptueuse. Confiée à l’architecte espagnol Lázaro Rosa-Violán, elle fait cohabiter un décor historique avec les éléments modernes de l’Hotel Mazin. Mais avec tact et finesse, tant et si bien que l’on ne perçoit les touches d’aujourd’hui qu’après avoir succombé au charme des boiseries d’antan. Après avoir grimpé quelques marches, on accède à la « Salle d’Armes » avec son bar, ses colonnades et son bas-relief monumental en bois sculpté qui évoque l’itinérance de ce voyageur de La Fayette. Puis l’on rejoint sa table, dans l’un des trois salons en enfilade (baptisés Musique, La Fayette et Pompadour) dans lesquels des lustres monumentaux, habillés de riches tissus et débordant d’exubérances, trônent en majesté. Avant d’atteindre les cuisines, on tombe sur une dernière salle, « le cellier », où une immense table attend les convives qui souhaitent s’offrir une soirée privée. 

 

Datant de l’époque de l’illustre locataire des lieux, les miroirs et les portes transformées en boiseries cohabitent avec une tapisserie d’Aubusson et des chaises contemporaines. Les rideaux en soie et les bancs recouverts d’anciennes tapisseries dialoguent avec le parquet d’origine revêtu de tapis chinés et les lampes twistées avec des abat-jour inattendus. Et, partout, des œuvres d’art en provenance de la galerie Kraemer, spécialisée dans les objets d’art du 18ème, habillent les murs pour vous donner l’impression d ‘être reçu par le véritable marquis de La Fayette. L’ambiance lumineuse a aussi été soignée, avec des chandelles à toutes les tables et des lumières tamisées se reflétant sur les miroirs. Bref, côté décoration, c’est un strike ! 

 

Mais si l’on apprécie tant cette ambiance d’un autre siècle magnifiquement recréée, qu’en est-il de la nourriture qui est, elle, bien contemporaine ? Peut-être un peu trop contemporaine d’ailleurs. Car si le lustre des lieux en impose, la carte, elle, est accessible à tous les roturiers. Pas question ici de plats dignes des grands soupers de l’époque mais une cuisine d’aujourd’hui, métissée comme ce jeune chef repéré par Top Chef. Le tartare de saumon est accompagné de sumac, de crème raifort et de grenade et le thon rouge est mariné et agrémenté d’avocat et citron vert. Clin d’œil à l’aventure américaine de La Fayette, Mory Sacko a glissé du poulet frit (délicieux) et un cheeseburger à la carte qui tranchent radicalement avec le faste si français de cet hôtel particulier ! On trouve tout de même quelques plats de la grande gastronomie française, comme une sole meunière, une entrecôte-frites ou un filet de daurade rôti. La carte a été conçue pour plaire à tout le monde, étrangers de passage (« French Mac and Cheese à la truffe ») comme parisiens en quête d’un poil d’exotisme sans y perdre son latin (« suprême de volaille jaune des Landes servi avec une sauce mafé » pour la petite touche d’ailleurs).

 

La cuisine est maîtrisée et les plats ne déçoivent pas. Mais on aurait tout de même aimé pouvoir s’offrir des plats qui puissent rivaliser avec le faste de la décoration qui vous en met plein la vue. Il faudra se contenter de bonnes assiettes qui ne renversent pas la table. Mais, après tout, comme ça, on peut se concentrer sur la salle qui est, elle, vraiment impressionnante et suffit à nourrir votre imaginaire pour quelques nuits…

 

Côté tarifs, on est bien dans les « beaux quartiers » de Paris puisqu’il faut compter entre 16 et 36 euros pour les entrées, 34 et 78 euros pour les plats. Ce n’est donc pas donné, mais ce n’est pas non plus tous les soirs que l’on s’offre une soirée dans un lieu historique si magnifiquement agencé. L’adresse de charme d’un restaurant de Paris parfait pour un dîner à deux. Lafayette’s, nous (re)voilà, donc !

 

 

Lafayette’s

8 rue d’Anjou

75008 Paris 

www.lafayettes-restaurant.com