Chenapan : une cuisine d’auteur savoureuse et créative

Il est des restaurants où l’on ne vient pas pour le décorum de la salle. Pas plus que pour être vu par le soi-disant « tout-Paris ». Ni même parce que c’est la nouvelle adresse d’un quartier à la mode. Bref, il est des restaurants où l’on vient avant tout pour les assiettes, pour le talent du cuisinier et pour l’accueil du chef de salle. Des restaurants où l’on vient sur recommandation de ceux qui y ont passé une belle soirée. Chenapan est de ces tables-là !

 

Ouvert au printemps 2023 à deux pas de l’effervescence de Pigalle, en plein cœur du 9ème arrondissement, ce restaurant de poche n’aligne pas plus de 18 couverts. On peut aisément passer devant la petite devanture sans y prêter attention. Et une fois assis dans la salle aux murs sombres, où seules quelques suspensions éclairent des tables en cuir noir, on ne va pas s’esbaudir sur le travail du décorateur d’intérieur. Chez Chenapan, on n’a pas mis le budget dans la déco. Ce qui laisse supposer que ce sont les plats qui seront les vraies vedettes de la soirée…

 

Des plats que l’on ne vous a pas vantés avec des formules alambiquées et inspirées puisque, sur le site web comme sur la devanture, nulle indication de ce que vous allez dévorer. On est ici à une adresse qui joue la carte du menu surprise selon l’inspiration du chef et les produits dégotés au marché. C’est la tendance du moment mais, parfois, on aimerait mieux savoir ce que l’on va nous servir plutôt que de découvrir des assiettes pas vraiment enthousiasmantes une fois qu’elles sont déposées devant nous !

 

Rassurez-vous, chez Chenapan, ce mystère n’entraîne aucun regret tant la cuisine du jeune chef Bruno Laporte est époustouflante. Derrière une verrière au bout de la micro salle, on peut le voir s’agiter en cuisine. S’agiter n’étant pas vraiment le bon terme tant l’ambiance est zen et cool chez Chenapan. Ici, tout est dans la maitrise. La cuisine, qui est parfaitement concoctée, comme le service qui est simple et aimable mais d’une grande précision. Il faut dire que l’associé des lieux n’est autre que Florentin Fraillon qui a longtemps excellé à Ze Kitchen Galerie, le restaurant étoilé du chef William Ledeuil. C’est d’ailleurs là que les deux compères se sont rencontrés. Bruno en cuisine, Florent en salle. Il était écrit qu’un jour le duo allait écrire sa propre partition. Cela sera donc Chenapan…

 

Vous l’aurez compris, voici un restaurant pour gourmets où l’on vient avant toute chose, pour manger des plats que l’on ne trouve pas à chaque coin de rue. Au programme, deux menus à 59 euros (entrée-plat-dessert) et 79 euros (avec deux entrées) proposés au dîner, du mardi au samedi. Après quelques amuse-bouches affriolants, dont une rosace de betterave posée sur une terrible sauce onctueuse à la cacahuète et pétales de katsuobushi, une préparation de bonite séchée, fermentée et fumée. C’est délicieux et vous aurez compris que les accents asiatiques sont présents chez Chenapan (l’héritage Zen Kitchen !). A suivre, un très étonnant nuage de courge dans lequel on pioche quelques coques juste échaudées et diverses herbes. Sans oublier quelques pépites de soubressade (cette saucisse catalane épicée) qui viennent dynamiter l’assiette. C’est succulent, juste succulent. Tout comme la pêche du jour : des saint-jacques bien grillées à l’extérieur et encore rosées à l’intérieur qui surnagent sur une émulsion de Noilly-Prat sous laquelle on découvre des champignons sautés. C’est gourmand et tellement bien maîtrisé. La viande sera, ce soir-là, quelques fines lamelles de canard passées au barbecue à charbon japonais, coing et héliantis (plus connu comme l’artichaut de Jérusalem). Là encore, on nettoie l’assiette avec le très bon pain qui vient tout droit de The French Bastards…

 

La ligne directrice de la cuisine de Bruno Laporte, c’est la constance. Il n’y a pas une assiette qui déçoive et une autre qui émerveille. Elles sont toutes sur le même fil de la gourmandise et de l’originalité. Il maîtrise parfaitement les sauces et que c’est bon de dévorer des plats qui rendent hommage à l’ADN de la cuisine française (les sauces, donc) tout en défrichant de nouveaux territoires culinaires inspirés d’ailleurs. On retrouve cette formule avec le dessert du jour : une quenelle de crème recouverte de petits grains de blé. Les céréales du petit déjeuner sont sublimées en dessert. Un autre délice surprenant.

 

Au final, ce duo fait des merveilles, sans ostentation, sans le crier sur les toits. On se demande bien pourquoi ils ont appelé leur table Chenapan tant ils sont sages et bons élèves. De gentils chenapans donc qui vous feront tourner la tête et s’envoler vos papilles avec tact et délicatesse…

 

 

Chenapan 

28 rue de la Tour d’Auvergne, 

75009 Paris