

Le Bon Bock, la doyenne de Montmartre retrouve ses habits de lumière
Au pied de la Butte, sur une petite rue qui grimpe vers le Sacré-Cœur, une devanture étroite ne laisse rien deviner de ce qui se cache derrière. Poussez la porte du Bon Bock et c’est tout un siècle qui vous tombe dessus : boiseries patinées, tableaux serrés les uns contre les autres, lumière tamisée. Fondée en 1879, cette adresse revendique le titre de plus ancien restaurant de Montmartre. Repris en mai 2025, elle vient de rouvrir sans rien perdre de son âme.
Une maison qui a vu défiler tout un Montmartre
Impossible de raconter Le Bon Bock sans évoquer ses habitués d’hier : on dit qu’Édouard Manet, Toulouse-Lautrec, Picasso, Van Gogh ou Apollinaire s’y accoudaient au comptoir, un verre d’absinthe à la main, à l’époque où la Butte grouillait de peintres désargentés et de cabarets naissants. Plus qu’un restaurant, l’endroit fonctionnait alors comme un salon populaire, témoin de la vie artistique et bohème du quartier. Cette mémoire-là, la maison ne l’a jamais vraiment quittée.
Un lifting mené avec précaution
La reprise est signée par l’équipe déjà connue pour avoir redonné vie au Petit Bouillon Pharamond avant de le céder. Ici, on a choisi la retenue : quelques mois de travaux pour aérer et nettoyer un lieu resté dans son jus, sans toucher à ce qui faisait son charme. Les tableaux d’époque sont restés accrochés, le mobilier ancien a repris sa place, et la salle du fond continue d’abriter son vieux piano. Le pari n’était pas de moderniser Le Bon Bock, mais de lui redonner de l’air. Un bistrot, ou une auberge, appelez-le comme vous voulez, parmi les plus charmant de Paris.
Une cuisine de tradition sans esbroufe
En cuisine le chef signe une carte assumée, sans détour ni superflu : œufs mayo à la moutarde relevés de poutargue, cuisses de grenouilles en persillade excellente, pâté en croûte de volaille et foie gras bien canaille, veau froid sauce gribiche à la manière d’un vitello tonnato ou encore magret de canard sauce Suzette très réussi.
Piano-bar et absinthe, jusque tard dans la soirée
Passé le dîner, la salle du fond change de rythme. Plusieurs soirs par semaine, un pianiste s’installe et la maison se transforme en piano-bar feutré, où l’on peut prolonger la soirée autour d’un verre d’absinthe servie selon le rituel : cuillère percée et sucre compris. Une manière de faire vivre, encore aujourd’hui, cet esprit canaille et festif qui a fait la réputation du quartier.
Le Bon Bock ne cherche pas à séduire par la nouveauté. C’est précisément ce qui le rend précieux : une table qui assume son âge et qui, plutôt que de se réinventer, a simplement retrouvé son éclat et une nouvelle clientèle.
Les prix :
- Entrée de 8,50 à 14,90 euros
- Plats de 17,90 à 28,90 euros